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ARTICLE SUR LEO MISSIR

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bibo55
Vendeurs de larmes
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MessageSujet: ARTICLE SUR LEO MISSIR   Sam 16 Fév 2008, 00:21

Médaille d'Or de la Sacem : Léo MISSIR

Il est une profession aussi mythique que méconnue dans le monde de la musique, un titre à la fois envié, galvaudé, célébré, quasi disparu depuis 20 ans et pourtant toujours omniprésent sous différents noms, c’est bien celui de directeur artistique. Qu’on l’appelle producteur, producer, réalisateur, manager, découvreur, bref, gourou, mentor ou Pygmalion, l’homme de l’ombre est toujours là, derrière l’artiste, qui préside à la naissance de l’étoile, à la création de l’équipe ou des premiers titres, à l’ordre et au choix des œuvres, à la construction du personnage et à son positionnement, et parfois même jusqu’au choix de son pseudonyme. Car comme d’aucuns disaient jadis "Cherchez la femme", on pourrait paraphraser l’adage et s’écrier ici "Cherchez le directeur artistique" à propos de tout chanteur, acteur, voire écrivain en place ou en devenir. Et les références ne manquent pas en la matière, de Jacques Canetti à Claude Dejacques, de Boris Vian à Jacques Bedos, de Bob Socquet à Paul Lederman, d’Eddie Barclay à… Léo Missir, pour en rester à notre domaine. Chacun de ces noms restant à jamais indissociable d’un ou plusieurs artistes, en l’occurrence Léo Missir de Patricia Carli, Nicoletta et Daniel Balavoine. Et évoquer Léo, c’est bien sûr raconter Eddie, soit quarante ans de stars et standards "made in Barclay", forever.

Né le 30 avril 1925 dans l'île de Samos en Grèce, Léo fait ses études au lycée Mignet d'Aix-en-Provence et au lycée Thiers à Marseille. Musicien dans l'âme, mais aussi compositeur (pianiste, vibraphoniste et chanteur), dès la fin de ses études secondaires en 1942, il monte avec des copains de lycée un groupe de jazz qui obtient même un prix à Paris décerné par le Hot Club de France du célèbre Hugues Panassié.

Il décide ensuite de créer un quintet plus commercial pour faire danser Marseille et ses environs dans les bals et les cabarets. Pour les vacances d'été ou d'hiver, il se produit sur la Côte d'Azur ou dans les stations de sports d'hiver, mêlant l’utile à l’agréable. C'est à l'occasion d'une de ces saisons à Val d'Isère en 1956 qu'il rencontre Eddie Barclay très séduit par son quintet et surtout par la chanson "Cha cha des thons" (!) qu'ils interprètent tous les soirs. Il les engage et leur demande de monter à Paris dès la fin de la saison pour enregistrer ce titre.

Après une année difficile, où il accompagne le soir dans les cabarets son épouse de l'époque, la chanteuse Jacqueline Néro, également en contrat chez Barclay, ce dernier le convie dans son bureau de l'avenue Charles de Gaulle à Neuilly où il vient de s’installer et lui donne… une heure pour décider de venir travailler avec lui : autant dire la "méthode Barclay", d’homme à homme, qu’il appliquera ensuite avec tant d’autres artistes. Nous sommes alors au temps des poignées de mains, des contrats dans les yeux, des paroles données.

Et "Monsieur Barclay", fidèle à sa réputation de fonceur, dit simplement à Léo, stupéfait : "Tu commences demain matin à neuf heures !". Pas facile pour un musicien qui se couche tous les soirs à quatre heures du matin ! Mais Dès le lendemain, il est là, face au “boss” qui lui remet toute une pile de 33 tours à écouter sans autres indications. Il y a de tout là-dedans, variété française, américaine et musique classique. Le soir à vingt heures, Barclay appelle Missir et lui demande son avis sur tous les disques écoutés. A la fin de son compte-rendu, il lui propose de l’accompagner dès le lendemain à tous les enregistrements qu'il fait, dans le nouveau studio qu'il a monté avenue Hoche.

Sa première séance seul en supervision aura lieu ensuite avec Raymond Lefèvre et Dalida, puis Hugues Aufray, Alain Delon (pour des titres avec Michel Legrand restés hélas inédits !) et, sésame du succès, Eddie Barclay juge le résultat satisfaisant. C’est parti pour Léo !

La société CPF Barclay prenant de plus en plus d'importance, Eddie Barclay décide, au début des années 60, de monter une nou-velle société : Bel Air pour distribuer du classique (Erato), des labels américains (Atlantic) et anglais avec un potentiel de vente important, mais aussi découvrir et signer de nouveaux artistes de variété française. Barclay donne à Léo Missir la responsabilité de cette nouvelle structure pour laquelle il recrute toute une nouvelle équipe.

Léo a alors la chance -et le "flair"- de rencontrer et d'engager Rika Zaraï, Leny Escudero, Patricia Carli, Paul Mauriat, Robert Trabucco, avec des résultats probants, ainsi que Los Matecocos et Les éphémères mais légendaires Pirates de Dany Logan. Découverts et dirigés par lui-même, tous feront un "tube" dès le début de leur carrière : Leny Escudero avec "Pour une amourette", puis "A malypense", Patricia Carli avec "Demain tu te maries" (coécrit par lui), Rika Zaraï avec "Exodus" et "L'olivier", les Pirates avec "Cutie pie" etc. En même temps, il supervise certaines séances d'enregistrement de Mireille Mathieu, d'Henri Salvador et du… Grand Orchestre Barclay. Car ce n’est pas un hasard si nos deux larrons s’entendent si bien : ils ont la musique en commun, côté cour, côté cœur.

A la même époque, il présente Paul Mauriat à Charles Aznavour qui cherchait un nouvel arrangeur, et a la chance d'écrire avec ce dernier "Au rythme de mon cœur".
Il collabore aussi avec le jeune Quincy Jones, qui faisait entre autre les arrangements d'Henri Salvador et du Grand Orchestre Barclay.

Puis Nicole et Eddie Barclay divorcent. Bel Air tombe alors dans l'escarcelle de Nicole, qui n’apportera pas à Léo "la positivité artistique et l'enthousiasme" de maître Eddie. Entre hommes, on s’entend mieux dans le showbizz d’alors. Malgré la pression d'Eddie qui souhaitait que Missir demeure avec son ex-femme, il ne résiste pas plus d'un an à sa solitude. Il quitte donc Bel Air et Barclay, en récompense de sa fidélité, lui offre un nouveau label qu'il baptise Riviera et qui deviendra quasiment synonyme de Léo Missir, pendant 20 ans.

Il fallait à ce moment là que Léo recommence tout à zéro, et qu'il déniche de nouveaux artistes, exercice pas fait pour lui déplaire. Il s'y attelle avec autant d'enthousiasme, découvre et dirige la carrière discographique de Nicoletta, Nino Ferrer, Guy Marchand, Daniel Guichard, Jean-Christian Michel, entre autres : essais tous transformés ! Il enregistre même les premiers disques de futurs créateurs nommés Jacques Revaux et Michel Mallory, ainsi que ceux de Peter Holm ("Monia"), David-Alexandre Winter ("O lady Mary", "Vole s’envole") et Raymond Lefèvre qui le rejoint parce que Paul Mauriat est parti chez Philips.

Dans les années 70, de nouveaux problèmes financiers de la firme Barclay obligent Léo Missir à faire un choix : rester avec lui pour essayer de "sauver les meubles" ou partir chez Warner où Franck Thénot et Daniel Philipacchi, autres monstres sacrés, lui offrent une place importante dans la direction artistique. Après réflexion, par fidélité et amitié, il rejoint la maison-mère Barclay où on lui en attribue, en signe de remerciement, la vice-présidence et la responsabilité de la direction artistique. Il supervise alors toute sa production devenue, en tout bien tout honneur, Riviera LM et la production Barclay, et anime une équipe de directeurs artistiques de choc avec Claude Righi, François Bernheim, Jacqueline Herenschmidt, Jean Fredenucci, Richard Marsan et Jean Fernandez, mais aussi Jean-Pierre Bourtayre et Frank Alamo, mettant un point d’honneur à s’entourer toujours de musiciens, comme lui-même, et d’assistants comme Jean Claudel ou Richard Bennett.

C'est en donnant son accord pour la sortie d'un disque de Patrick Juvet (“ Chrysalide ”-1973) qu'il entend soudain une voix qui le surprend et attire son attention : Daniel Balavoine, choriste du chanteur, auquel ce dernier a généreusement cédé la place pour une plage du disque (fait rarissime, sinon unique). Commence alors une longue histoire de métier et d’amitié entre le producteur-musicien et le jeune auteur-compositeur-interprète surdoué qui ne s’achèvera qu’à la mort de la vedette. Une expérience d’autant plus méritoire que le succès -c’est-à-dire "Le chanteur"- n’arrive pas tout de suite et que cette fois-ci, Eddie Barclay lui-même ne croit pas dans cet artiste fort en gueule et à voix de tête qui ouvrira pourtant la porte à toute une génération (Goldman…).

Entre temps, Léo continue sur tous les fronts, et travaille avec les plus grands chefs d'orchestre et arrangeurs de l’époque : Jacques Loussier, Christian Gaubert, Michel Legrand, Jean Bouchety, Michel Magne, Jean Musy, Jean-Claude Petit, Christian Chevallier, Tony Rallo, Gabriel Yared ou Wally Badarou.

Il supervise aussi des séances d’enregistrement extraordinaires comme celles de Nougaro, Ferré, Aznavour, Brel, Pierre Perret et Michel Sardou qu'il a fait entrer chez Barclay et qui en repartiront à son grand dam, de Patrick Juvet, Eddy Mitchell, Michel Delpech, Catherine Ferry (Eurovision), côtoie Jean Ferrat, collabore avec Mélina Mercouri.

Et durant toutes ces années, il continue d’écrire avec Eddy Marnay, Eddy Mitchell, Pierre Delanoë, Charles Aznavour, Leny Escudero, Guy Marchand, Patricia Carli, Jean-Pierre Mottier, Jean Schmidt, Michel Sardou, Michel Jourdan, Daniel et Bernard Balavoine, le frère de Daniel, et même à ses débuts des chansons avec Boris Vian en personne, qu’il a connu chez Barclay et dont il a repris le bureau. Des trésors secrets restés hélas inédits, au temps où les “D.A.” s’appelaient Vian, Filipac-chi, Thénot, Bouvard… Certaines de ses musiques marqueront d’ailleurs plus d’un teen-ager : "Dactylo rock" (Les Chaussettes Noires), "Demain tu te maries" (Patricia Carli), "A Malypense" (Lény Escudero), "Le cha cha des thons", "Au rythme de mon cœur" (Charles Aznavour),…

Enfin, à son actif de producteur, il compte de véritables standards comme "Il est mort le soleil" (Delanoë/Giraud/int:Nicoletta) qui a été repris par Ray Charles, "J'veux de la tendresse" (Jean-Paul Dréau) qui a été chanté par Janic Prévost, puis Elton John, et "Demain tu te maries" (Carli/Missir) repris dernièrement par l'un des plus grands rappeurs américains Wycleef Jean (du groupe les Fugees).

"La direction artistique, résume-t-il, ça ne s’apprend pas, il faut d’abord avoir du nez. Après il faut choisir l'artiste, savoir si intellectuellement, potentiellement et physiquement, en dehors de son talent, il peut mener une carrière, lui trouver la chanson qui va devenir un tube, savoir attendre lorsqu'on ne la déniche pas du premier coup, chercher l'arrangeur, faire l'enregistrement, être derrière la console, avec le preneur de son. Ensuite je faisais moi-même le mixage. J'avais même découvert un son nouveau à l'époque. Je mettais beaucoup d'aigus. J'étais respecté car j’étais musicien, entouré de musiciens, ce qui était un avantage sur mes confrères.
Jamais on ne m'a demandé un devis chez Barclay. Je pouvais faire ce que je voulais. Amitié, solidarité, joie de vivre, compétence, liberté de travail : voilà ce qu'était la maison Barclay. La première fois que j'ai été obligé de faire un devis, pour Balavoine, c'est lorsque Philips a racheté Barclay. Le marketing arrivait (rires) !"

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MessageSujet: Re: ARTICLE SUR LEO MISSIR   Sam 16 Fév 2008, 02:13

Merci bibo pour cet article quand j'aurais rouvert mon blog j'aurais une suprise pour vous à ce sujet d'ailleurs , j'en dit pas + puisque c'est une surprise lol!
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MessageSujet: Re: ARTICLE SUR LEO MISSIR   Lun 18 Fév 2008, 14:02

Merci Bibo pour cette sympathique bio de Léo Missir. J'ai appris bcq de choses. On ne le remercieras jamais assez d'avoir cru à 200% en Daniel. Entre eux pas seulement une collaboration artistique mais une vraie amitié. Et dans ce métier, j'imagine que amitié et fidélité sont rares.écrir
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MessageSujet: Re: ARTICLE SUR LEO MISSIR   Mar 19 Fév 2008, 14:18

Merci Bibo!! Sympa cet article!
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